Au cimetière, l’angle mort a été beaucoup pleuré par sa famille. Lorsqu’il était vif, a raconté sa mère en sanglotant, de lui-même il a poussé bien droit, jamais on n’a eu à le rectifier. Il servait d’équerre à tous les dessinateurs.
Un peu jaloux son frère aîné, l’angle aigu, a pincé les lèvres au point de ne plus mesurer que deux à trois degrés, pour un peu il disparaissait à son tour dans l’ombre d’une pierre tombale. C’est que les rayons du soleil, de plomb ce jour-là, de connivence avec le mort tombaient eux aussi tout droits.
Dans un angle du cimetière, le deuxième frère avait été discrètement écarté, on le trouvait trop obtus pour être au premier plan mais il était indispensable pour fermer le triangle, le trio n’avait jamais pu se passer de lui.
Pour assister à l’enterrement, la pierre angulaire de l’édifice familial était venue de cette Angleterre qui était, dit-on, le berceau de la famille. Elle avait un visage dur mais taillé avec finesse, on la disait précieuse mais à vrai dire on n’en savait rien. Les deux frères survivants en tombèrent amoureux fous mais étant fiancée au cousin pierre ponce, elle laissa les deux angles en plan et ils furent malheureux comme les pierres.