LES INSURRECTIONS SINGULIERES
On a besoin de l'opaque. Un humain a besoin de l'obscur. C'est fertile. On ne peut pas vivre toujours dans la clarté des miradors. C'est aveuglant. Ça ne fait pas de lumière.
FOOTBALL
Deux sortes de déprime légères ont accompagné l'écriture (...), celle que le livre que j'étais en train d'écrire n'était pas à la hauteur de mes espérances (il était éventuellement bon, mais certainement pas aussi bon qu'il aurait pu l'être, pas aussi bon que j'aurais rêvé qu'il fût), et celle, au contraire qu'il était très bon, mais tellement bon, justement, que, en comparaison, le monde réel perdait toute saveur (...), que j'avais fait de telles découvertes en moi-même et que je revenais chargé de tels trésors, que le monde véritable ne pouvait que me décevoir quand je remontais à la surface. Hors de l'eau, de l'écriture et de ses enchantements, de ses exigences aussi, de sa discipline, le monde réel ne tardait pas à m'insatisfaire (...). Mais cette déception, cette insatisfaction foncière qui m'accompagnait quand je n'écrivais pas (...) était précisément l'aiguillon dont j'avais besoin pour me remettre au travail. Alors j'y retournais et je me remettais à écrire, et la déception du monde disparaissait pour me laisser de nouveau face (...) à l'intranquillité foncière qui accompagne toujours l'écriture.
L'APPAREIL PHOTO
(Dans le faisceau lumineux d'un projecteur)
La pluie me semblait être une image du cours de la pensée, fixe un instant dans la lumière et disparaissant en même temps pour se succéder à elle-même.
ENVOYEE SPECIALE
...la succession apaisante des vagues, leur flux et reflux régulier, les unes naissant et s'amplifiant, donnant de la voix quand d'autres s'exténuent, s'effondrent et vont longuement s'étaler sur le sable en chuintant, réduites à l'état de mousse.
UN SINGE EN HIVER
Ce qui est respectable chez les gens âgés n'est pas ce vaste passé qu'on baptise expérience, c'est cet avenir précaire qui impose à travers eux l'imminence de la mort et les familiarise avec de grands mystères.