Des écrivains parlent des livres écrits ou lus...

 

Doris Lessing Le carnet d'or

En fait la fonction du roman semble changer : c'est maintenant un avant-poste du journalisme, nous lisons des romans pour nous documenter sur des zones de vie que nous ne connaissons pas. Nous lisons pour découvrir ce qui se passe. Un roman sur cinq cents ou sur mille possède la qualité qu'un roman devrait posséder pour être un roman : la qualité philosophique. Je découvre que je lis la plupart des romans avec le même genre de curiosité qu'un livre documentaire.

 

Annie Ernaux Mémoire de fille

Juste "profiter de la vie" est une perspective intenable, puisque chaque instant sans projet d'écriture ressemble au dernier.

 

Jean-Philippe Toussaint Football

Deux sortes de déprime légères ont accompagné l'écriture (...), celle que le livre que j'étais en train d'écrire n'était pas à la hauteur de mes espérances (il était éventuellement bon, mais certainement pas aussi bon qu'il aurait pu l'être, pas aussi bon que j'aurais rêvé qu'il fût), et celle, au contraire qu'il était très bon, mais tellement bon, justement, que, en comparaison, le monde réel perdait toute saveur (...), que j'avais fait de telles découvertes en moi-même et que je revenais chargé de tels trésors, que le monde véritable ne pouvait que me décevoir quand je remontais à la surface. Hors de l'eau, de l'écriture et de ses enchantements, de ses exigences aussi, de sa discipline, le monde réel ne tardait pas à m'insatisfaire (...). Mais cette déception, cette insatisfaction foncière qui m'accompagnait quand je n'écrivais pas (...) était précisément l'aiguillon dont j'avais besoin pour me remettre au travail. Alors j'y retournais et je me remettais à écrire, et la déception du monde disparaissait pour me laisser de nouveau face (...) à l'intranquillité foncière qui accompagne toujours l'écriture.

 

Julien Gracq en lisant en écrivant

La littérature va du moi confus et aphasique au moi informé par l’intermédiaire des mots, rien de plus : le public n’est admis à cet acte d’autosatisfaction qu’au titre de voyeur.

 

Charles Dantzig Pourquoi lire ?

Avantage de la ponctuation maigre. La ponctuation est une explication. Non seulement les deux points, mais la virgule elle-même, et les explications me paraissent aussi inutiles qu'irritantes ; ou bien le lecteur comprend tout seul, et avec davantage de plaisir, ou bien il ne comprend pas, et c'est que l'auteur et lui n'étaient pas faits l'un pour l'autre.

 

André Gide Journal 

(Les lecteurs) Ce qu'ils veulent, c'est un critère qui leur permette de ne pas avoir de goût pour juger.

 

Cela seul importe que n'emportera pas avec elle une génération. Je ne cherche pas à être de mon époque, je cherche à déborder mon époque.

 

Maxence Fermine Amazone

Encore en train de lire, Da Silva ? tonna Rodrigues. Tu devrais arrêter, ça peut être dangereux. Lire rend humaniste.

 

Henry Miller Tropique du Cancer

Derrière le mot, se trouve le chaos.

 

José Saramago La caverne

Certains passent toute leur vie à lire sans jamais dépasser le stade de la lecture, ils restent collés à la page, ils ne comprennent pas que les mots sont comme des pierres placées en travers d'une rivière pour en faciliter la traversée, elles sont là pour que nous puissions parvenir sur l'autre rive, c'est l'autre rive qui importe.

 

René Frégni La fiancée des corbeaux

Voilà le secret, savoir secouer les mots. Les faire sortir du dictionnaire et courir partout comme du feu ou des rats.

 

Daniel Picouly La faute d'orthographe est ma langue maternelle

Il faut écrire en amant et relire en mari.

 

André Malraux

Certains grands romans furent d’abord pour leur auteur la création de la seule chose qui pût les submerger.

 

Albert Camus Le premier homme

La noblesse du métier d'écrivain est dans la résistance à l'oppression, donc au consentement à la solitude.

 

Frédérick Tristan Univers invisible

La poésie ne s'exprime jamais que dans l'interstice des mots.

 

Pierre Assouline Les invités

Il ne supportait pas que par snobisme l'on truffât le français d'anglicismes abusifs quand le mot existait déjà dans notre langue et qu'il n'avait aucun besoin d'être réanimé.

 

Pascal Quignard La barque silencieuse

J'aurai passé ma vie à chercher des mots qui me faisaient défaut. Qu'est-ce qu'un littéraire ? Celui pour qui les mots défaillent, bondissent, fuient, perdent sens. Ils tremblent toujours un peu sous la forme étrange qu'ils finissent pourtant par habiter. Ils ne disent ni ne cachent : ils nous font signe sans repos.

 

Marcel Proust Le temps retrouvé

Le style, pour l'écrivain, aussi bien que la couleur pour le peintre, est une question non de technique mais de vision.

 

Lydia Flem La reine Alice

L'auteur interroge sa Plume :

Que dis-tu de ce qui naît de toi, de nous? En penses-tu du bien ou du mal ? Plus de mal que de bien ? Ce n'est pas important. Ce n'est qu'un brouillon, un premier jet, un galop d'essai... Ne te cabre pas, avançons, nous verrons bien où cela nous mènera... Imitons nos personnages, ne cherchons pas à maîtriser ce qui surgit. Laissons-nous surprendre.

 

Catherine Millet Jour de souffrance

Je crois profondément que le désir d'écrire vient comme une nécessité en soi et que le verbe "écrire", comme "respirer", s'entend d'abord  comme intransitif.

 

Bernard Pingaud Ecrire, jour et nuit

En un mot, je commence à croire que j'ai quelque chose à dire. Le malheur est que je ne sais pas quoi.

 

Ecrire : un travail de maçon. Le difficile est de placer les joints. Plus difficile encore : savoir renoncer aux joints.

 

Michel Houellebecq La carte et le territoire

On peut toujours prendre des notes, essayer d'aligner des phrases ; mais pour se lancer dans l'écriture d'un roman il faut attendre que tout cela devienne compact, irréfutable, il faut attendre l'apparition d'un authentique noyau de nécessité...

 

Un livre, c'était comme un bloc de béton qui se décide à prendre...

 

Lydie Salvayre BW

Le style, en littérature, c'est l'art de rompre avec ce qui, dans le langage, va de soi.

 

Henri Michaux Un barbare en Asie

Toute la littérature européenne est de souffrance, jamais de sagesse.

 

Madame de Sévigné

(A propos de Pétrarque)

Je le lis doucement, de peur de l'avoir lu.

 

Yves Simon La dérive des sentiments

Cet hiver-là, j'avais eu horreur des deux points et des guillemets. Il dit : "..., ou bien, elle s'écria : "..., ou encore, il rajouta : "...

Non ce n'était pas possible ! Quand les coups de feu claquent ou que les enfants hurlent, ça déchire le monde sans guillemets.

 

Umberto Eco Le pendule de Foucault

Je suis né trop tard, quand j'aurais pu écrire il ne me restait plus qu'à lire des livres déjà écrits.

 

Jean Rouaud Sur la scène comme au ciel

A quoi bon s'acharner à retourner dans tous les sens une poignée de mots quand le principal est d'en avoir avancé l'idée pour en saisir toute la beauté et s'en satisfaire ?

 

Dominique Rolin Le futur immédiat

Le mot juste manque, il a toujours manqué, et, si l'on y réfléchit bien, sa fuite perpétuelle est une chance pour tout écrivain qui se respecte.

 

Witold Gombrowicz Journal

On finira par savoir un jour pourquoi tant de grands artistes ont pu écrire au cours du XXème siècle tant d'ouvrages illisibles. Et par quel miracle ces livres illisibles et d'ailleurs non lus ont pesé sur notre siècle et demeurent célèbres. C'est débordant d'une admiration sincère, rempli d'un respect non feint, que j'ai été contraint d'interrompre maintes lectures qui décidément m'ennuyaient trop.

 

Eric Chevillard L'autofictif père et fils

Avant d'être accueillis par un éditeur perplexe puis par des lecteurs indifférents, ses livres ont dû triompher de sa propre insatisfaction. Leur existence constitue donc une victoire miraculeuse sur les forces liguées du mépris, du doute, de l'inertie, de la froideur, de l'incuriosité et du dénigrement. Il en conçoit une légitime fierté.

 

L'autofictif : blog 2010-2011

Et pourtant, ce serait l'horreur absolue : l'écrivain sortant le matin de chez lui et surprenant les gens, assis, debout, couchés, tous absorbés dans la lecture de son dernier livre.

 

Italo Calvino Si par une nuit d'hiver un voyageur

Lire veut dire se dépouiller de toute intention et parti-pris afin d'être prêt à accueillir une voix qui se fait entendre au moment où on s'y attend le moins, une voix qui vient d'on ne sait où, d'au-delà du livre, de l'auteur, et des conventions de l'écriture : qui vient du non-dit, de ce que le monde n'a pas encore pu dire et pour quoi il n'a pas encore de mot à sa disposition.

 

Roland Barthes Le plaisir du texte

J'écris parce que je ne veux pas des mots que je trouve : par soustraction.

 

Michel Leiris Biffures

Si je veux donner corps à ce moment présent _à cette présence même_ voilà qu'il se dérobe, qu'il s'estompe... J'aligne des phrases, j'accumule des mots et des figures de langage, mais dans chacun de ces pièges, ce qui se prend, c'est toujours l'ombre et non la proie.