Ce matin-là, il s'est levé du mauvais pied. Si bien qu'il n'a rien eu de plus pressé que de le cogner contre le pied de lit : qui se ressemble s'assemble. Pendant ce temps-là, le bon pied s'en allait de son côté, avec son copain le bon oeil rejoindre le pied de nez, et ils ont passé la journée à jouer comme des pieds.
Le mauvais pied, lui, ne jouait pas mais écrivait comme un pied ; il cumulait les fonctions d'écrivain public et d'écrivain à succès, ce qui lui donnait beaucoup de travail. Il suait sang et eau et on lui reprochait de sentir des pieds, ce qui était tout de même un peu fort.
Auparavant quand il était salarié, il avançait à petits pas dans ses fonctions, et se laissait distancer par le pied marin qui, ayant toujours pied, savait se maintenir à flot, et le pied à coulisse qui était pistonné par son copain le trombone. En fin de course, le mauvais pied avait été mis à pied puis licencié.
A l'heure du déjeuner, (non, il ne mangeait pas de pied de porc, ce serait trop facile !), en écoutant les informations, il a appris que tout le monde était sur le pied de guerre : ceux du Pied Mont avaient pris de haut les Pied-à-terre et on se battait de pied ferme. Le piédestal, en tant que chef, avait pris la tête d'un troupeau de pieds de biche et de pieds de poule, renforcés par la piétaille et quelques piétons, vaillamment suivis par leurs petits petons.
Puis le mauvais pied a passé la soirée à se promener avec sa chérie, la piécette, mais elle téléphonait sans arrêt à la pierraille pour bavarder pied à pied comme deux pies. Alors le mauvais pied l'a mise au pied du mur et l'a plantée là.
Voilà ce qui arrive, quand on se lève du mauvais pied.