"Déconstruction".
Un bonhomme trapu, simple silhouette cernée d’un trait, regarde ses pieds. Ils commencent à s’émietter, leur contour se pointille, le trait se fragmente, des morceaux entiers s’effacent. Le bonhomme observe avec stupéfaction cette disparition progressive de ses pieds. Autodestruction. Le bonhomme se réduit en miettes, s’écharpe, se morcelle en confettis. Les débris tombent en pluie et s’entassent autour de ses pieds inexistants.
Le processus se poursuit sans ralentir, monte amputer les chevilles, les mollets, arrive aux genoux. A terre, s’accumulent les débris, particules noirâtres, pointillés mêlés de segments minuscules. Le bonhomme se trouve cerné de poussières de lui-même, leur niveau monte très vite, forme un tas de plus en plus volumineux.
L’homme aime la propreté, il ne veut pas laisser de déchets, il attrape une pelle et une balayette, commence à ramasser ces détritus qui l’ont constitué tandis que, de plus en plus vite, la destruction se poursuit, a supprimé les hanches, arrive en accélérant à la taille.
Course contre la montre du bonhomme balayant tous ces traces de lui-même avant d’être submergé par leur accumulation, il disparaît dans une accélération croissante de la destruction qui efface le torse, ampute les bras, supprime la tête.
Seules subsistent la pelle et la balayette qui vident tous les déchets dans une poubelle.