_ Ceux qui comptent, je les déteste. La petite fille exaspérée crachait presque ses mots. Ceux qui mesurent, calculent, évaluent. Estiment au plus juste. Apprécient en inscrivant un chiffre sur une étiquette. Peu importe ce qu’ils soupèsent, ce qui compte, c’est précisément le chiffre. Uniquement. Je les hais.

   Elle reprit une respiration moins agitée et poursuivit :

_ J’aime les mots, leur moelleux, leur souplesse, leurs tons changeants, j’aime les manier, les pétrir, malaxer en différentes phrases, les assortir entre eux en sonorités, en significations, en jeux de mots, en sous-entendus, doubles sens, les déplier, les déployer comme un tissu.

   Elle souriait pour elle-même.

_ J’aime les déchiffrer, c’est la seule fois où je peux utiliser le mot chiffre : quand il est écrit.