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Miroir

 

   Moi, je me demande, dit la petite fille, comment faisaient les êtres humains qui n’avaient pas de miroir, ni assez d’eau pour se regarder dans une flaque d’eau. Etaient-ils condamnés à s’imaginer semblable à l’autre en face ? Vivre toute leur vie en s’imaginant sans jamais se voir réellement ?

   Mais les autres en face étaient tous différents les uns des autres, alors comment s’imaginer : semblable à l’un de ceux-là mais lequel ? Ou semblable à aucun d’entre eux et alors ressemblant à quoi ? Peut-être pas même ressemblant : une originalité absolue. Inimaginable, invisible. Individu. Non représentable pour lui-même. Vu seulement par les autres.

La place du maître

 

_ Oh oui, gémissait la ménagère en regardant le chien dans les yeux, toi tu me comprends, hein, toi au moins, tu es le seul, tu me comprends.

Le chien la regardait dans les yeux et ne répondait pas.

   La seule différence entre ceux qui dialoguent avec Dieu et ceux qui dialoguent avec leur chien, songea Claude, c’est la place du maître.

Il y a quelqu'un ?

 

— Pourquoi  crier « Il y a quelqu’un ? » à l’entrée d’une maison où personne n’est visible ? demanda le petit garçon. Si l’on soupçonne qu’il n’y a personne, à quoi bon appeler un absent ? Si l’on pense qu’il y a quelqu’un, pourquoi poser la question, pourquoi ne pas dire d’emblée « Répondez-moi, montrez-vous, manifestez-vous » ?

— On crie pour dire son doute.

Bruits

 

   Dans la salle de bains, la pendulette faisait cliqueter l’aiguille des minutes. Le robinet d’eau gouttait, à un rythme différent. Le petit garçon écouta ces deux sonorités et ces deux cadences. Le son de la pendulette était sec, métallique, claquait d’une façon martiale. Il était troublant que pendulette, terme si féminin, si jeune, pendulette, fillette, fût associé à un bruit militaire si implacable. Tandis que le robinet, symbole mâle, nanti d’un genre masculin, laissait tomber mollement un bruit doux et moelleux, à intervalles espacés un peu nonchalants.

Des choses compliquées

 

_ Tu lis des choses bien compliquées pour toi, observa l’instituteur.

_ Je ne comprends presque rien, reconnut le petit garçon. Mais à partir de ce que je ne comprends pas, ou à peine, ou de travers, je me pose des questions et celles-là, je les comprends.

  1. Le petit malin
  2. Dans le livres
  3. La vie devant moi
  4. Je roulerai

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