_ On ne comprend rien, c’est illisible, dit la mère à la petite fille en lui rendant son texte avec dédain.
_ Pourtant tu l’as lu, protesta la petite fille.
_ Qu’est-ce que tu fais ? demanda la maîtresse à la petite fille appliquée à couvrir sa page de mots serrés.
_ Je crie.
_ J’écris, tu veux dire.
La petite fille regarda la maîtresse d’un air de reproche, haussa les épaules. Sans répondre.
Les êtres humains sont dotés d’un cerveau, ils le font fonctionner, de même qu’ayant un estomac, des mains, une vessie, ils les font fonctionner. Ils remplissent, ils vident. Ils vivent.
Et quand la machine, à force d’avoir été remplie et vidangée à tous les niveaux, en a assez, elle rend l’âme.
Ma tête pense ; je ne suis pas sûr d’avoir envie de penser avec elle. Que mes neurones brassent des pensées, s’ils ne peuvent s’empêcher de remuer, comme mon cœur ne peut pas s’empêcher de battre. Moi je me désolidarise.
Je voudrais faire taire mes pensées comme on coupe un poste de radio trop bruyant.
Si je suis ta moitié, dit une femme à son mari, comme nous ne faisons qu’un, est-ce que nous deux faisons un et demi ?
(Les droits d'auteur reviennent à S.R.)