_ Tu veux toujours ce que tu n’as pas ! protesta la mère.
_ Comment voudrais-je ce que j’ai déjà ? rétorqua la petite fille.
La petite fille sortit furieuse de l’école. "Montrez-vous originaux, faites preuve d’autonomie, soyez vous-même, individu à part entière." Mais ! Mais : "Respectez les normes, les consignes, les usages, les lois".
Sortez des chemins battus ; mais ne dépassez pas les bornes.
J’aime beaucoup, dit la petite fille, le futur antérieur, l’association d’un passé et d’un futur, « tu seras parti quand j’arriverai ». J’aime cette compression du temps comme un accordéon.
Aujourd’hui, déclara la maîtresse, on va étudier la forme pronominale, dite aussi réfléchie, où le sujet et le complément d’objet ne font qu’un. « Je me parle », « je me vois », « je me rends compte ». Ma parole m’est renvoyée, comme la lumière est renvoyée par un miroir.
Solitude totale de qui est seul avec ses réflexions. Le sujet se complète en étant son propre complément.
— Tu as tout ce qu’il faut pour être heureuse, s’écria la mère exaspérée.
— Justement, protesta la petite fille, n’avoir plus rien à désirer, c’est ce qui me rend malheureuse !
— Bien d’autres aimeraient être malheureux comme toi !