Moi, quand je serai grand, se dit le petit garçon, je saurai conduire, un jour je monterai en voiture, j’irai tout droit devant moi, j’aurai laissé derrière moi tout ce qui est pénible, tout ce qui est gris, froid, tout le monde que je n’aime pas, à qui je n’ai plus rien à dire, je roulerai.

   Je saurai que devant moi m’attendent aussi des soucis, de la tristesse, des gens qui souffrent, qui vont mourir. Je saurai que je roule vers un avenir incertain, jusqu’à une mort inéluctable. Je serai résigné à aller devant moi uniquement parce que derrière moi, c’est une tristesse connue.

 

   Et à un moment, entre deux masses sombres de montagnes à contre-jour, je verrai le soleil couchant, je verrai sa lumière rose et orangée, cette poudre finement tamisée de poussières lumineuses suspendues dans les airs, une vie extraordinaire de particules minuscules, infinitésimales, vibrantes d’intensité, roses pâles tyriens, pastels orangés, dorés, à travers des effilochages lilas sombre et violet, nuages flottant là pour être frôlés par la lumière qui joue à les caresser au passage. Je conduirai sans fin dans cette lumière, je me sentirai bien.