Le voyant observait avec attention la journaliste. Par un court froncement de sourcils, elle fit comprendre sa gêne. Il eut une ombre de sourire et dit :

_ C’est vous ou une homonyme, ce texte sur l’enfant qui hurle dans une maison vide ?

_ Où avez-vous pu lire ce papier ? demanda la journaliste ébahie.

   Il n’y eut pas de réponse. Elle admit :

_ Ce devait être un article pour mon journal. Refusé.

   Le voyant posait sur elle un regard hypnotisant. Elle se souvint avec réticence :

_ Ils m’ont dit : ça n’a ni queue ni tête, ton histoire. J’ai rétorqué : évidemment, c’est écrit par une femme.

   Le voyant éclata d’un rire gai, la journaliste finit par sourire.

_ C’est pour ça que vous avez démissionné ?

_ Ça. Entre autres.

   Il attendit la suite. La journaliste reprit d’une voix concentrée :

_ Je l’ai écrit, ce hurlement, je l’ai mis en mots, articulé, presque sans syntaxe. Je me suis installée dans une maison vide, sans personne à qui parler, sans téléphone. Jusqu’à ce que tous les cris soient devenus des paroles.