Le temps des mots sera beau, beau temps et belle lurette, le temps d'accorder les genres — vous le savez, nos adjectifs s'accordent très bien en genre, masculin-féminin, belles épousailles — puis, c'est logique, ils s'accordent en nombre, croissez et multipliez-vous : le singulier devenu pluriel, voici la déferlante des mots, la grande marée, la logorrhée, une flottille de mots. Grand beau fixe pour les baptêmes de mots, même les pas beaux, les vilains mots, les gros et les bancaux — non, pardon, les bancals, sans nuire au féminin, le soleil luit pour tout le monde.

   Du côté des verbes, le temps des accordailles est passé, la concordance n'est plus de ce temps, les accords sont passés en faveur de la mixité. Les phrases seront hybrides et métissées, Si je saurais je le dirai, le présent a émigré dans le futur qui fraye avec le passé. Tout sera bien qui a bien fini, le soleil est mitigé mais on peut s’attendre à de belles éclaircies.

   De mon temps, me direz-vous, on n’avait pas son mot à dire, on obéissait aux règles sans exception, on accordait ses participes en suivant les principes et on respectait les usages du temps. Le temps jadis bien entendu, naguère, il n’y a guère, vous et moi les avons connus ces temps imparfaits qui, dans le subjonctif, amenaient des déluges de j’allasse, dévergondasse, et même pétasse, dans la soie évidemment, (ainsi l’a écrit ce fameux prof de français sans craindre les embruns). Mais laissons là ces temps dégueulasses.

   Car après la pluie le beau temps ; foin des temps maussades, maux de tête et maux de ventre, voici venir les embellies. Mots modestes, mots moqueurs, mots motivés, tous les mots sont dans la nature. Ayons une pensée émue pour les mots moribonds, pour nonobstant qui, malgré son opposition innée, finira emporté par les bourrasques de termes modernes qui décoiffent notre littérature et l’aèrent. Ayons une brève pensée pour les mots morts gisant dans les dictionnaires d’antan, puis laissons les gésir et, sans nous malementer, ayons la mémoire courte et tant pis pour eux.

   Maintenant et désormais, dorénavant et ainsi de suite, place aux mots des temps futurs, place au temps des mots.