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Nuit noire

 

Une nuit d'encre et voilà l'écrivain à son affaire.

Dans le noir il est heurté par un jeune homme vêtu de noir qui lui ressemble comme un frère.

- Faites donc attention, espèce de nyctalope  !

-  Monsieur, restez poli !

 

L'écolier a peur dans le noir, il écrit en pleurnichant :

- C'est pas ma faute si l'encrier s'est renversé.

Sa mère grogne :

- Si tu avais utilisé de l'encre bleue, il ferait  un jour d'azur.

 

Cela ne trouble pas ce Noir qu'on appelle Nègre : c'est toujours dans l'ombre de l'écrivain qu'il écrit.

 

Toutes ces histoires parce qu'aujourd'hui l'écrivain est d'humeur sombre.

Dessin animé

 

"Déconstruction".

   Un bonhomme trapu, simple silhouette cernée d’un trait, regarde ses pieds. Ils commencent à s’émietter, leur contour se pointille, le trait se fragmente, des morceaux entiers s’effacent. Le bonhomme observe avec stupéfaction cette disparition progressive de ses pieds. Autodestruction. Le bonhomme se réduit en miettes, s’écharpe, se morcelle en confettis. Les débris tombent en pluie et s’entassent autour de ses pieds inexistants.

   Le processus se poursuit sans ralentir, monte amputer les chevilles, les mollets, arrive aux genoux. A terre, s’accumulent les débris, particules noirâtres, pointillés mêlés de segments minuscules. Le bonhomme se trouve cerné de poussières de lui-même, leur niveau monte très vite, forme un tas de plus en plus volumineux.

   L’homme aime la propreté, il ne veut pas laisser de déchets, il attrape une pelle et une balayette, commence à ramasser ces détritus qui l’ont constitué tandis que, de plus en plus vite, la destruction se poursuit, a supprimé les hanches, arrive en accélérant à la taille.

   Course contre la montre du bonhomme balayant tous ces traces de lui-même avant d’être submergé par leur accumulation, il disparaît dans une accélération croissante de la destruction qui efface le torse, ampute les bras, supprime la tête.

   Seules subsistent la pelle et la balayette qui vident tous les déchets dans une poubelle.

Quel pied !

 

   Ce matin-là, il s'est levé du mauvais pied. Si bien qu'il n'a rien eu de plus pressé que de le cogner contre le pied de lit : qui se ressemble  s'assemble. Pendant ce temps-là, le bon pied s'en allait de son côté, avec son copain le bon oeil rejoindre le pied de nez, et ils ont passé la journée à jouer comme des pieds.

   Le mauvais pied, lui, ne jouait pas mais écrivait comme un pied ; il cumulait les fonctions d'écrivain public et d'écrivain à succès, ce qui lui donnait beaucoup de travail. Il suait sang et eau et on lui reprochait de sentir des pieds, ce qui était tout de même un peu fort.

   Auparavant quand il était salarié, il avançait à petits pas dans ses fonctions, et  se laissait distancer par le pied marin qui, ayant toujours pied, savait se maintenir à flot, et le pied à coulisse qui était pistonné par son copain le trombone. En fin de course, le mauvais pied avait été mis à pied puis licencié.

   A l'heure du déjeuner, (non, il ne mangeait pas de pied de porc, ce serait trop facile !), en écoutant les informations, il a appris que tout le monde était sur le pied de guerre : ceux du Pied Mont  avaient pris de haut les Pied-à-terre et on se battait de pied ferme. Le piédestal, en tant que chef, avait pris la tête d'un troupeau de pieds de biche et de pieds de poule, renforcés par la piétaille et quelques piétons, vaillamment suivis par leurs petits petons.

   Puis le mauvais pied a passé la soirée à se promener avec sa chérie, la piécette, mais elle téléphonait sans arrêt à la pierraille pour bavarder pied à pied comme deux pies. Alors le mauvais pied l'a mise au pied du mur et l'a plantée là.

   Voilà ce qui arrive, quand on se lève du mauvais pied.

Eclats de verre

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    C’est avec une grande émotion que l’on a assisté hier au mariage du verre vide avec le verre plein. Environ trois cents verres ballons avaient été conviés. La voix cristalline d’un verre taillé a charmé l’assemblée de plusieurs airs de flûte. À l’issue de la cérémonie, célébrée par le Père Vers,  les deux moitiés se sont unies pour n’en faire qu’une et le verre vide a étreint la mariée qui est devenue toute rouge, l’eau se transformant en vin pour la plus grande joie des nombreux invités.

     Parmi ceux-ci, élégamment habillés en vers de terre pour n’être pas nus, on a pu reconnaître le versatile, le vernix et surtout le véridique accompagné de la célèbre verroterie, très entourés. Le vermifuge avait décliné l’invitation, au grand soulagement de l’assemblée.

     Les festivités se sont poursuivies jusqu’au petit matin, les derniers verres donnant alors le signal du départ.         

Où suis-je ?

 

Il lit sur l'écran un message : « J’y suis. Je n’y suis pour rien. Je ne sais plus où j’en suis. Je n’y suis plus. Je n’y suis pour personne. »

Il tape sur le clavier avec une certaine inquiétude « Qu’est-ce qui se passe ? ».

Il ne reçoit pas de réponse.

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